La Roche Guyon

 

Une villa gallo-romaine existe probablement vers les IIIe et IVe siècles après J.-C., mais aucune découverte ne l'atteste, même si le plateau du Vexin est occupé dès la Préhistoire et voit un important réseau de Villæ gallo-romaines s'implanter dans le Vexin français, à Rhus ou Genainville en particulier. Aux premiers temps du christianisme, une légende raconte que Pience, veuve du propriétaire du domaine et plus ancien personnage connu de l'histoire de La Roche, rencontre Saint-Nicaise, l'évangélisateur du Vexin, contemporain de Saint Denis. Elle fait alors creuser au lieu de la rencontre un sanctuaire, qui serait la nef ouest de l'actuelle chapelle du château.

 

Une petite nécropole mérovingienne mise au jour atteste de la présence d'une communauté humaine durant le haut Moyen Âge.

 

 

Mais c'est le traité de Saint-Clair-sur-Epte conclu en 911 qui place le site de La Roche dans une position stratégique exceptionnelle de frontière face au duché de Normandie, sur la rive droite de l'Epte. Un premier château troglodytique est édifié, vers 1066, pour défendre l'Ile-de-France, territoire royal, dans le cadre de la fortification de l'Epte. Il est décrit par Suger en ces termes :

 

« Au sommet d'un promontoire abrupt, dominant la rive du grand fleuve de Seine, se dresse un château affreux et sans noblesse appelé La Roche-Guyon. Invisible à sa surface, il se trouve creusé dans une haute roche. L'habile main du constructeur a ménagé sur le penchant de la montagne, en taillant la roche, une ample demeure pourvue d'ouvertures rares et misérables. ».

 

Vers 1190, un donjon est édifié relié au château par un escalier souterrain d'une centaine de marches creusées dans le flanc du plateau ; il domine les vallées de la Seine et de l'Epte, dans une position stratégique exceptionnelle. Au XIIIe siècle, est construit le manoir d'en bas qui fait peu à peu disparaître le château troglodytique, l'ensemble constituant alors avec le donjon une remarquable forteresse double.

 

Au XVIIIe siècle, de grands travaux sont entrepris au château et dans le village par le duc Alexandre de La Rochefoucauld (1690-1762), sixième fils de François VIII de La Rochefoucauld et de Madeleine Le Tellier de Louvois. Ils sont poursuivis ensuite par sa fille, Marie-Louise de La Rochefoucauld (1716-1797), duchesse d'Enville. Le vieux manoir de La Roche-Guyon, d'origine médiévale, ne pouvait plus convenir au duc et à sa mère, fille de Louvois, habitués aux fastes de la Cour.

 

Le village voit ses rues pavées, puis un système d'adduction d'eau sous pression est créé en 1742 : l'eau est captée à Chérence, sur le plateau du Vexin, puis acheminée par un aqueduc de 3,2 kilomètres enjambant la charrière des Bois à un réservoir creusé dans la falaise, au-dessus des communs du château. Il alimente ensuite les cuisines et appartements et est accessible aux habitants alimentant également le potager et la nouvelle fontaine du village, sculptée par Jamay. Jusqu'alors, les villageois puisaient directement l'eau de la Seine. Une fois ces travaux effectués, le duc se concentre sur la voirie : la route de Gasny est percée de 1744 à 1762, ainsi que la rue de la Sangle qui la relie à la Vieille Charrière. Les routes sont bordées d'arbres, noyers et ormes, tandis que les rives du fleuve sont plantées de saules- tilleuls et peupliers.

 

Les chemins impressionnistes.

Un natif de La Roche-Guyon, Auguste Guerbois, ouvre aux Batignolles à Paris un café qui devient célèbre : il accueille dans son établissement le groupe des Batignolles, les peintres impressionnistes. On y trouve autour d'Édouard Manet, Edgar Degas, Alfred Sisley et leurs amis. Vers 1865, Camille Pissarro peint La Promenade à ânes à La Roche-Guyon et une autre toile au centre du village vers 1867 ; puis en 1880, il exécute une pointe sèche intitulée Château de La Roche-Guyon. Claude Monet qui loge à Vétheuil puis à Giverny fréquente régulièrement le village ; il y peint La Seine entre Vétheuil et La Roche-Guyon et Le Château de La Roche-Guyon en 1881. Durant l'été 1885, c'est au tour d'Auguste Renoir de séjourner au village, à l'étage de l'actuel café tabac ; il le représente dans Paysage à La Roche-Guyon, avant de revenir plus brièvement au village l'année suivante. Il reçoit également Paul Cézanne en juin 1885, qui entreprend une toile qu'il n'achève pas.

 


Du camp de César au… camp cigarette.

 

A la fin de la dernière guerre, après le débarquement des alliés, les camps cigarette étaient des camps de transit pour les soldats américains, à leur arrivée en France ou en attendant d'être reconduits aux États-Unis. Ils furent installés en Seine-Maritime, le long de la Seine et en Pays de Caux.

 

Les camps cigarette tiennent leurs appellations des marques commerciales de cigarettes américaines distribuées à cette époque. Ce choix fut dicté par une recherche de sécurité en temps de guerre: leur nom ne fournissait aucune indication permettant à l'ennemi de localiser ces camps alors que des dizaines de milliers de soldats devaient y séjourner pour un temps plus ou moins long.

 

Enfants découvrant les graffitis laissés par les soldats


En décembre 1944 s’ouvrit le premier camp cigarette, Twenty Grand, entre Saint-Pierre-de-Varengeville et Duclair. Il comptait 2000, parfois 3000 hommes dont du personnel Français, et s'étendait sur plusieurs dizaines d’hectares. Old Gold suivit, entre Fauville-en-Caux et Ourville-en-Caux, et Lucky Strike, le plus vaste (soixante mille hommes), non loin du château de Janville à Paluel, près de Saint-Valéry-en-Caux.

 

Ces camps faits de tentes et ensuite de bâtiments préfabriqués disposaient de toute l'infrastructure nécessaire: distribution d'électricité et eau, réseau d’égouts, hôpitaux, super-marchés, mess de restauration, etc. Ils étaient de par leur taille, de véritables villes américaines et gérés par la 89e division d'infanterie américaine.

 

Après la fin de la guerre et le retour aux USA des derniers soldats américains, les camps Philip Morris et Herbert Tareyton servirent à héberger quantité de familles françaises qui avaient perdu leur logement.

 


                                                             L'Art de marcher

 

 

Cette étude divertissante considère la marche comme un art, avec ses maîtres, ses lieux de culte et son histoire.

Rebecca Solnit évoque les différentes écoles de cet art qui célèbrent la beauté des paysages et du grand air. Par ailleurs, elle étudie les pèlerinages, les marches de protestation, les flâneries urbaines, le nomadisme des comédiens et des musiciens, les voyages à pied des compagnons du devoir et différentes pérégrinations qui, parfois, constituent de véritables rites de passage pour les jeunes.

Le rythme de la marche a été ressenti par des philosophes et des écrivains comme propice à la réflexion, voire à la création. S'appuyant sur des citations et des anecdotes, Rebecca Solnit montre à quel point on saisit le monde à travers le corps et le corps à travers le monde. Mais ce " livre parcours " comprend aussi un véritable réquisitoire contre tout ce qui, aujourd'hui, empêche l'exercice de la marche. La rue est un espace démocratique par excellence, et la libre circulation du promeneur en ville et à la campagne une revendication plus nécessaire que jamais... A notre époque, l'art de la marche devient une pratique fondamentale et subversive dans les pays occidentaux.

 

                                                                                                                                           L'Art de marcher" de Rébecca Solnit   Actes Sud 2002

 

Rebecca Solnit est américaine. Après avoir été critique d'art, elle a écrit deux essais traitant de l'implication culturelle du paysage et de la marche. L'Art de marcher est son premier livre publié en France.